LA TOMBE DE RAMSÈS II ET LES VESTIGES DU TRÉSOR FUNÉRAIRE

[KV.7 VALLÉE DES ROIS].

Christian LEBLANC
Directeur de la Mission Archéologique Française du CNRS [INET-LOUVRE] à Thèbes-Ouest

Après une longue période d'abandon, la tombe de Ramsès II qui n'avait jamais été systématiquement déblayée, connaît un regain d'intérêt et fait l'objet d'études et de recherches pluridisciplinaires. Son emplacement, à l'embouchure de la Vallée des Rois, explique sa lente dégradation due, en grande partie, au contexte géologique, mais surtout aux pluies torrentielles dont elle fut, au cours des siècles, le réceptacle privilégié. Aujourd'hui encore plusieurs de ses salles sont entièrement comblées de sédiments qu'il convient d'analyser et de retirer progressivement pour redécouvrir le plan et le décor de ce vaste hypogée. Au fur et à mesure du déblaiement, consolidation et restauration des parois, des portes et des piliers s'imposent. Leur état le plus souvent ruiné avait jusqu'alors découragé les archéologues.

La salle du sarcophage Salle du sarcophage

Contrairement aux plans des tombes royales qui, à partir du règne d'Aménophis IV-Akhenaton, se distinguent par l'existence d'un axe unique, celui de Ramsès II présente deux axes qui semblent réactualiser une ordonnance attestée avant l'époque amarnienne. La raison d'un tel choix demeure encore inconnue. Une relation entre ce programme architectural et celui beaucoup plus vaste et complexe, de la tombe attribuée désormais aux fils du roi (KV5) est envisageable. Une connexion ou jonction entre les deux sépultures pourrait être, effectivement, une explication à cette particularité, mais semble actuellement devoir être écartée. Il est plus probable que la rencontre, au niveau de l'antichambre, d'une veine de marne instable, a obligé les artisans de la tombe à ce changement d'axe vers la droite.

Plan

Cartouche Mise en chantier avant la fin de la seconde année du règne de Ramsès II, comme le suggèrent un ostracon faisant allusion à l'inauguration de l'ouvrage et l'orthographe du nom de couronnement que contiennent les cartouches du premier corridor (wsr-m3't-r' et non wsr-m3't-r' stp-n-r'), la tombe royale a sans doute nécessité plusieurs années de travail. Peu de textes, sinon quelques ostraca et surtout celui de l'an 10, mentionnent, pour ce début de règne, une activité dans la nécropole. En revanche, tout porte à croire que des documents plus tardifs, notamment ceux datés des années 20,24,35 et 40, retrouvés sur le site même ou parmi les archives de Deir el-Medineh, se réfèrent plutôt à un autre projet qui pourrait bien correspondre à la préparation de l'immense tombe réservée aux fils royaux. Quelques indices archéologiques et des calculs effectués récemment, laissent penser que la tombe de Ramsès II n'a pas demandé plus de dix à douze années de travail aux artisans qui avaient la charge de ce chantier.

Quoi qu'il en soit, un fait est sûr : sa décoration a été entièrement achevée ainsi que le prouve l'examen minutieux de toutes les parois sur lesquelles, ici et là, subsistent des lambeaux de reliefs et de peintures. Le répertoire iconographique est sensiblement le même que celui qui a été mis en place dans la tombe de Séthi Ier. Outre les scènes d'offrandes traditionnelles, de grands recueils funéraires y ont trouvé une place honorable : Litanie du Soleil (premier corridor), Livre de l'Amdouat et Livre des Portes dont les divisions sont réparties sur les murs de plusieurs corridors et chambres, Rituel de l'Ouverture de la bouche (quatrième et cinquième corridors), Livre de la Vache du Ciel ( chambre annexe N) et Livre des Morts, dont certains chapitres, accompagnés de leurs vignettes, couvrent les parois de l'antichambre [I] (chapitre 125) ou de la chambre-annexe [Q²](chapitre 149-150).

Comme dans beaucoup de sépultures royales, un puits a été aménagé dans la tombe de Ramsès II. Il est situé entre le corridor [D] et la "salle du char". Contrairement aux autres puits, il présente l'originalité d'être décoré en-deçà de son ouverture. Sur ses parois, notamment à l'est, ont été identifiés les restes de scènes et de textes relatifs au Livre de l'Amdouat.

Un autre détail, émouvant celui-ci, concerne la mention de Nofretari, grande épouse du roi, dont le nom, contenu dans un cartouche, figure au bas de l'embrasure droite de la porte qui sépare le troisième du quatrième corridor.

De même que celles des autres souverains inhumés dans la vallée des Rois, on sait que la tombe de Ramsès II a été profanée dans l'antiquité. Grâce au Papyrus des Grèves de Turin, daté de l'an 29 de Ramsès III, on apprend qu'elle fut l'objet d'une tentative d'effraction, tout comme la sépulture préparée, sur l'autre versant, pour les enfants du roi (KV.5). A la suite des pillages qui marquent la fin de la XXème dynastie, la momie de Ramsès fut mise provisoirement à l'abri dans la tombe de Séthi Ier, par les prêtres, avant de trouver refuge dans un lieu plus sûr, "la cachette de Deir el-Bahari", où elle fut retrouvé en 1881. Délaissée, la tombe royale a dû pourtant être visitée plus tardivement, car une abondante quantité de tessons de la Troisième Période Intermédiaire et des époques romaine et copte fut recueillie durant la fouille de l'antichambre [I] et de la salle du sarcophage [J]. La sépulture, il est vrai, était encore visitée à l'époque gréco-romaine, comme le suggèrent les noms de plusieurs voyageurs, tels ceux d'Heraklêos, d'Echeboulos de Rhodes, de Deilos, et d'un certain Se[1]aminion originaire de Chypre, gravés sur les parois du premier corridor. Comblée ultérieurement par les sédiments apportés lors de pluies torrentielles, c'est, en fait, à H. Salt, Consul d'Angleterre, que l'on doit l'initiative d'un premier mais très partiel désensablement de la tombe, opération qui fut reprise ponctuellement, en 1829 par J.-F. Champollion.

C'est encore en rampant que R. Lepsius s'enfonce, en 1844-45, jusqu'au fond de la sépulture, explore les salles accessibles et dresse le plan de l'hypogée, dont les parois remarque-t-il ont été fortement endommagées par le limon et le gravier. La prospection de Lepsius permet d'obtenir un premier relevé précis de la tombe. De surcroît, on doit à cet égyptologue d'avoir deviné l'existence de deux salles en enfilade situées à l'est du corridor [F] et toujours inaccessibles pour le moment. Beaucoup plus tard, ce plan dont vont s'inspirer tous ses successeurs sera revu et amélioré par l'équipe du Theban Mapping Project de l'Université de Bekerley, chargée de dresser la cartographie des nécropoles de la rive occidentale.

Lorsque Th. Davis obtient la concession de la Vallée des Rois, il entreprend, en compagnie de H. Burton, quelques fouilles dans la tombe de Ramsès II (1913-1914), travaux qui seront repris par H. Carter (1917-1921), tant à l'intérieur que dans les parages immédiats de la sépulture. Au cours de ces recherches, devaient apparaître les premiers vestiges du mobilier funéraire royal, ceux-là même qui figurent aujourd'hui dans les collections égyptiennes du Metropolitan Museum de New York et du British Museum de Londres.

De nouveau abandonnée pendant plusieurs décennies, la tombe de Ramsès II est mise, dès 1991, au programme de recherches conjointes du CNRS et du CEDAE, en complément du projet de sauvegarde du Ramesseum sur lequel travaillaient déjà les équipes franco-égyptiennes. En raison de l'état dangereux des lieux, les travaux avancent lentement. Simultanément, une étude géologique est entreprise et, en collaboration avec le Laboratoire Central des Ponts et Chaussées, une analyse détaillée de la structure de la tombe est réalisée. Un projet global réalisé par les experts a été approuvé par le Comité Permanent du Conseil Supérieur des Antiquités. Dès l'automne 1996, a débuté une première tranche de travaux, notamment dans la chambre sépulcrale où un certain nombre de déficiences a pu être constaté. Parallèlement à ces interventions, le Centre Régional d'Etude et de Traitement des Oeuvres d'Art [CRETOA, Avignon] a établi un relevé systématique de l'ensemble des parois, en vue de mettre au point, pour les différents cas observés, un traitement adéquat du décor pictural conservé.

Entre 1993 et 1998, cinq campagnes de fouille ont été déjà conduites dans la tombe. L'antichambre [I] ainsi que la salle sépulcrale [J] ont été libérées de leurs déblais, livrant d'importants résultats, puisque des éléments du sarcophage et du réceptacle aux canopes de Ramsès II ont été retrouvés. Ces monuments, en calcite, ont été malheureusement fracassés par les pillards et c'est à un véritable puzzle que se trouvent confrontés, face à ces reliques, les égyptologues. L'étude des fragments du sarcophage royal permet, cependant, d'avoir un certain nombre d'informations sur son aspect et sa décoration. Momiformes, la cuve et le couvercle étaient entièrement gravés de scènes et de textes se référant aux divisions du Livre des portes. Le gisant du roi se détachait en haut relief sur le couvercle. Comme celui de son père, Séthi Ier, conservé à la Soane Collection de Londres, le sarcophage de Ramsès II avait dû être entièrement incrusté de pigments de couleurs dont les traces sont visibles sur nombres de fragments. Le réceptacle aux canopes, comme le suggèrent les vestiges mis au jour, avait été réalisé dans un seul bloc de calcite. Il comprenait quatre cavités de forme cylindrique, dans lesquelles avaient été introduits de petits sarcophages en or contenant les viscères royaux. Son aspect général pourrait être comparé à ceux d'Aménophis II et de Toutankhamon, conservés au Musée du Caire. Les bouchons qui devaient être à l'image de Ramsès n'ont pas été retrouvés, mais il est permis d'espérer... Comme nous avons pu le constater lors de la fouille, ce monument prenait place, initialement, à proximité du sarcophage, dans une petite fosse de section carrée, aménagée pour le recevoir. Une telle installation n'a été reconnue que dans deux autres tombes royales : celles de Thoumosis Ier et d'Aménophis III, cette dernière creusée dans la Vallée de l'Ouest. Particularité originale dans la tombe de Ramsès II, cette cavité était fermée, à mi-profondeur, par une trappe en calcaire dont les bords reposaient sur une margelle. Si la moitié supérieure permettait de loger le réceptacle aux canopes protégé en surface par une chapelle, tout porte à croire que d'autres objets occupaient la partie inférieure masquée par la trappe. La surface et le volume disponibles était suffisants, en tout cas pour que l'on y dispose, par exemple, les quatre magnifiques vases bleus en forme de situle, exposés au Musée du Louvre depuis le début du siècle, et qui contenaient les linges ayant servi à la momification du roi. Ces derniers, sans doute sortis de leur contexte après le pillage antique de la tombe, avaient vraisemblablement là leur place d'origine.

Chaouabti

Dans les collections égyptologiques internationales sont connus plusieurs chaouabtis de Ramsès II : les uns en bois ou en calcaire, d'autres en cuivre ou en bronze. Ils proviennent, nous l'avons dit, des prospections conduites jadis dans la nécropole, mais ils sont loin d'égaler le spécimen recueilli lors de nos récentes missions. La figurine, malheureusement partielle, mise au jour dans la salle sépulcrale [J] est, par sa facture exceptionnelle digne des meilleurs artistes de la Cour. Traitée dans une veine d'anhydrite bleutée, elle représente Ramsès II sous l'aspect momiforme avec le némès, les traits du visage et les contours de la coiffe étant soulignés en noir. Les pieds, rapportés, retrouvés séparément, se raccordaient au reste de la statuette par un système de tenons et de mortaises.
Ces découvertes successives encouragent, on en conviendra, la poursuite des recherches dans la "demeure d'éternité" de celui que ses contemporains appelaient : "le grand soleil d'Egypte".

Francité